Lis ma vie de non-confinement pendant le Covid-19

Publié le par LaliceSAmuse

Lis ma vie de non-confinement pendant le Covid-19

Vendredi 20 Mars, c'est la fin d'après midi. Aujourd'hui je n'ai pas fait d'heures supplémentaires, pour la première fois de la semaine. 

J'entend Antoine de Caunes et Orelsan sur Inter, bonheur, j'adore les deux. A la fin de l'émission on entend Balavoine, Vivre ou Survivre, bonheur, j'adore les deux. 

J'ai pas remis le podcast de Monsieur et Camille Emmanuelle qui font crac crac, Ben Névert parlait pourtant quand je l'ai coupé. 

 

J'ai donc eu pour envie d'écouter Balavoine. 

Je sors de Bourges, où il n'y aucun policier et des promeneurs, de plus en plus, de plus en plus de voitures... Je suis en colère.
 

Je suis en voiture, parce que je suis infirmière coordinatrice en maison de retraite ou EHPAD, Établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes. Et malades. Et attachantes. 
 

Je chante le Chanteur de Balavoine, les larmes douces. 

Je chante de plus en plus fort, je met le son à fond. Je pleure en chantant, je pleure beaucoup plus, beaucoup plus fort. Je chante en pleurant.

 

Les champs autour de moi, je retourne à ma campagne, je pleure. Je met Les oiseaux, Balavoine encore et j'essaie de comprendre. Pourquoi je pleure... Enfin une question simple, basique à laquelle répondre.

 

On a passé notre semaine à réfléchir sur une zone d'isolement dans l'EHPAD, dans le secteur où je travaille. Le but c'est d'avoir un secteur où soigner les personnes suspectées de Covid dans un même endroit avec une équipe dédiée pour ça. On a vu les équipes à fond, pourvu qu'elles craquent pas. On a taffé comme des folles, on a réfléchi, on s'est soutenues. On a pleuré, on a ri, on a cherché, on s'est agacées, on a listé, on a rayé, on a voulu abandonner, pas longtemps, on s'est dit des mots doux. 

 

J'ai pleuré, parce que ce matin j'ai pas pleuré devant l'infirmier qui a dû réveiller sa fille trop tôt par erreur de communication avec quelqu'un d'autre.

J'ai pleuré, parce que je me suis remise à fumer.

J'ai pleuré, parce que je supporte plus le moindre mot au second degré.

J'ai pleuré, parce que cette semaine j'ai appris que j'avais perdue quelqu'un que je considérais comme une amie. 

J'ai pleuré, parce qu'on n'a pas de masque.
 

J’ai pleuré, parce qu’on a dû déménager plein de résidents.

J'ai pleuré, parce que je pleure à la maison en pensant à mon grand-père dans son EHPAD. 

J'ai pleuré, parce que des fois mes collègues pleurent. 

J'ai pleuré, parce que la semaine a été trop longue. 

J'ai pleuré, parce que les résidents vont pas bien.

J'ai pleuré, parce que j'ai peur.

J'ai pleuré, parce que ma sœur me manque. 

 

J'ai pleuré, à la maison de joie et de peine. 

 

Cette semaine, je suis sortie de chez moi tous les jours. Je ne vit pas le confinement. 

Cette semaine, j'hésite à chaque fois que je veux embrasser les miens. J'ai trop peur. 

Cette semaine, j'ai croisé 1 fois les policiers en 8 allers-retours de 80km depuis le discours de Macron. C'est la honte. 

Cette semaine, j'ai vu le visage des humains qui m'entourent. C'est indescriptible.

 

Cette semaine, cette semaine...

 

J'ai ri, parce que j'ai écouté Mystères à St Jacut de François Descraques. 

J'ai ri, parce que je regarde tous les jours les Thriller de Gaël Mectoob et Cannelle DoubleClick. 

J'ai été émue par Pierre Lapin sur Twitter qui me propose de reprendre le petit vin blanc.

J'ai ri, parce que je joue aux jeux d'Anis sur Instagram.

J'ai ri, parce que j'ai re - re - re mater Groom de Flober et Adrien Menielle. 

J'ai été émue par Guilhem, Théo Bernard, Marie C Palot, Kyan, Navo...

J'ai ri, parce que Natoo me fait toujours rire. 

J'ai ri, parce que Copain du Web est merveilleux, et il fait du canevas. 

 

J'ai ri au boulot parce que c'était nerveux. 

J'ai ri au boulot parce que c'était drôle. 

J'ai ri à la maison parce que mes filles sont trop drôles. 

 

Cette semaine, elle va débouler sur la semaine d'après.

Cette semaine, j'ai jamais su ce que j'allais faire en arrivant. 

Cette semaine j'ai eu beaucoup de migraines. 

 

Mais je dis Merci. 

Merci à tous ceux qui m'ont fait rire ou émue. 

Merci à ceux que je vois toute la semaine, avec qui je rit ou je pleure, avec qui je bosse. 

Merci le livreur masqué à mobylette.

Merci les pizzas ensemble. 

Merci de continuer le confinement.

Merci Linda, pour qui tu es. 

Merci de vivre ça, quand même, ça qui me fait pleurer, parce que la gratitude il parait que ça maintient en bonne santé. 

 

On a passé notre semaine à réfléchir sur une zone d'isolement dans l'EHPAD, dans le secteur où je travaille. Le but c'est d'avoir un secteur où soigner les personnes suspectées de Covid dans un même endroit avec une équipe dédiée pour ça. On a vu les équipes à fond, pourvu qu'elles craquent pas. On a taffé comme des folles, on a réfléchi, on s'est soutenues. On a pleuré, on a ri, on a cherché, on s'est agacées, on a listé, on a rayé, on a voulu abandonner, pas longtemps, on s'est dis des mots doux.

ON ESPERE NE PAS A AVOIR A SE SERVIR DE LA ZONE D'ISOLEMENT.

 

 

<Lalice (Aurelia)

 

 

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Publié dans De L'autre Côté

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Sophie 28/03/2020 12:28

Parce que je pleure et ris avec elle. Parce qu'on est dans le même bureau, dans la même galère. Parce que je peux lui dire que j'ai pleuré en voyant la vidéo de mon petit fils qui arrive à marcher à 4 pattes et que je ne peux le voir et le serrer dans mes bras et que je peux vraiment pleurer sans qu'elle me juge.Parce qu'elle m’envoie vendredi soir (alors qu'on est à bout de forces) une vidéo de ses 2 filles qui me disent bravo. Parce qu'on prend soin des autres ensemble (les résident,les collègues) et qu'on se soutient tous les jours, chaque minute de notre non-confinement!

LaliceSAmuse 28/03/2020 12:30

Parce que tu me touches beaucoup.
Parce que c’est toi, j’arrive à être la...